On quitte Mohéli, cette île encore préservée et magnifique, dont les habitants se sont montrés extrêmement accueillants, intelligents, et déterminés.
L'aéroport de Bandar Essalam nous attend,
et après avoir réglé une histoire de billets perdus, qui a bien failli prolonger nos vacances sur cette terre hospitalière,
nous décollons pour la Grande-Comore.
De Mohéli, nous garderons aussi le souvenir de Stéphanie et Mathilde, qui ont fait de notre séjour un vrai conte de fées, avec plein de rebondissements, comme notamment l'histoire des billets !
Nous les retrouverons quelques jours plus tard sur Moroni.
Nous garderons aussi cette image, photo prise par Laëtitia et Philippe, qui résume à elle seule, la vie sur Mohéli, et qui se dispense de toute autre palabre.
Mais déjà, la Grand-Comore nous apparaît,
avec ses cratères et sa capitale, Moroni, dont on reconnaît l'ancien port aux boutres.
On passera deux jours sur une plage de rêve à l'eau cristalline, celle de l'hôtel Le Maloudja à Mitsamiouli, au nord de l'île.
Si cette plage est effectivement paradisiaque, il n'en est pas de même de l'hôtel qui tombe en décrépitude.
Mais bon, on est là pour se reposer de nos aventures et de nos marches, alors le fait de "camper" dans ces bungalows ne nous pose aucun problème. On goûte au farniente bien mérité.
Ensuite direction Itsandra chez Mathilde, pour une dernière nuit avant le départ. On en profite pour flâner au Volo-Volo, le marché de Moroni, au son des "Ni'Ye"( que l'on peut comparer aux sifflements des Italiens dont les yeux descendraient sur les fesses d'une belle fille. ), et discuter un peu avec les personnes que
l'on rencontre.
Toujours aussi agréables et avenants, les Grands-Comoriens parlent sans problème. On apprend ainsi que le salaire moyen est de 75 euros par mois, que les fonctionnaires sont peu ou pas payés, et
que la vie est aussi chère qu'à Mayotte.
Un chauffeur de taxi nous dit que, bientôt, il tentera la traversée vers cet Eldorado, même s'il sait qu'il peut mourir. Il n'y a pas d'avenir en Grande-Comore, et la vie de nouveaux riches
(ou de "parvenus" comme les appellent les Comoriens) que mènent certains Mahorais est alléchante.
Face à cet argument de choc, il n'entend pas ce qu'on lui dit, à savoir que la situation des clandestins à Maoré n'est si pas belle qu'il le pense. Vivre exploité, caché et traqué, voilà ce qui
l'attend si le kwassa ne chavire pas.
Qu'importe, il rigole et change de sujet...Que pouvons-nous y comprendre ?
Le lendemain, nous nous envolons pour Mayotte plus perplexes que jamais.
Ça fonctionne comme ça.
... Le renard volant.
En général, la visite des roussettes de Livingston est au programme du village de Ouallah. Mais depuis quelques mois, une colonie d'une dizaine d'individus s'est installée sur les hauteurs
de Nioumachoua.
Ce sont elles que nous allons voir aujourd'hui. En partant du village, il faut compter environ deux heures de marche.
En chemin, on traverse des forêts de girofliers à l'odeur si particulière,
on surprend même un cultivateur sur son âne (et oui, il y a de jolis ânes à Mohéli qui servent à transporter notament les régimes de bananes. On en trouvait avant
à Mayotte, mais ils ont été remplacés par les scooters ! ).
Arrivés près du point d'observation, on fait une halte déjeuner, histoire de prendre des forces pour l'ascension finale. Au menu mabawa et manioc grillés au feu de bois, un régal !
Puis le moment est venu de rejoindre nos amies. Elles se trouvent quelques mètres plus haut, suspendues aux branches d'un arbre.
Les roussettes de Livingston (Pteropus Livinstonii ou N'dema en shimaoré) constituent une espèce très rare ( la
plus rare des chauves-souris) et protégée. Elle est en danger critique d'extinction.
Endémiques aux îles des Comores, on en trouve surtout à Anjouan et à Mohéli, peut-être à Mayotte (mais pas à ma connaissance). Il en resterait
approximativement 900 individus !
Mesurant 30 centimètres pour une envergure pouvant aller jusqu'à 1 mètre 50, ces roussettes, souvent appelées "renard volant" sont gigantesques.Nous n'avons pas eu l'occasion de les voir évoluer en plein ciel, mais le spectacle doit être impressionnant
! Nocturnes et frugivores, elles vivent dans les montagnes, entre 850 et 1 100 mètres d'altitude.
Regardez comme celle-ci est bien enveloppée dans ses ailes. Elle rappelle légèrement le "Dracula" de Coppola, non ?
D'après la légende, la roussette descendrait d'un maki roux trop fainéant pour grimper aux arbres cueillir les fruits les plus hauts. Assis patiemment au pied d'un badamier, il attendait que
lesdits fruits tombent d'eux-mêmes.
Un djinn passant par là attira son attention. Il le héla de manière peu flatteuse, ce qui évidemment déplut au djinn, habitué à plus de cérémonie.
Le lémurien lui narra sa mésaventure, en se plaignant de maux de dos, d'ampoules aux mains et aux pieds, de rhumatismes, et même d'être sensible au vertige. Il en vint ainsi à regretter de ne pas
être un oiseau, car lui au moins, il peut aller où il veut sans problème et sans effort. Il y avait là une grande injustice qu'il fallait réparer.
Il en fit tellement que le djinn, excédé, accéda à sa requête. Il le transforma en un animal étrange, mi-maki, mi oiseau : une chauve-souris.
La roussette était née.
Et en y regardant de plus près, c'est vrai qu'ils ont la même tête. Après, ce ne sont que des racontars tropicaux.
On est resté une bonne demi-heure à les observer, espérant les voir s'envoler, mais non. Au lieu de ça, on s'est fait sauvagement attaquer par les moustiques bien-sûr, mais surtout par des espèces
de vers sangsues particulièrement déterminés. Même à travers le tissu, la sensation de piqûre était relativement désagréable, et on en avait partout. Comme vous pouvez le voir sur la photo, c'est
un tout petit ver avec une énorme ventouse à l'une des ses extrémités, qui se déplace comme une chenille.
De retour au "campement", on a eu droit à une leçon de choses, agrémentée de quelques pensées politiques.
Mais on ne sait toujours pas pourquoi cette roussette s'appelle la roussette de Livingston. D'après nos chers guides, c'est Livingston lui-même qui aurait ramené cette roussette d'Angleterre, par
bateau, car elle lui rappelait son pays natal.
Racontars ou réalité ?
Quoiqu'il en soit, après cette journée bien remplie, nous avons profité d'un magnifique couher de soleil sur la plage de Nioumachoua.
Le Tam-Tam boeuf est une sorte de jeu populaire typiquement mohélien qui ressemble, sous certains aspects,
aux courses landaises.
En général, cette fête traditionnelle vient couronner un mariage, célébrer un retour au pays, une naissance, ... Bref n'importe quelle occasion. Et selon, son importance, le boeuf est mis à mort ou
non (si c'est un grand mariage, le zébu sera tué et servi à la noce).
Pour concocter un bon Tam-Tam boeuf, il faut d'abord un tam-tam (ou djembé, tambour), puis un boeuf (voire un zébu,
exceptionnellement un taureau), et enfin des participants et un public enthousiastes.
Commençons par le tam-tam, accompagné d'autres instruments : synthé, batterie, guitare, ... C'est en fait tout un groupe !
Les musiciens s'accordent, répètent les dernières notes pour la plus grande joie des enfants qui n'attendaient que cela pour danser, chanter, et rire. Qu'ils en profitent, plus tard ils seront
chassés de l'arène à coups de baguettes symboliques.
Le boeuf, qui pour l'occasion a revêtu sa bosse de zébu, vient d'arriver. Il est très vite et prudemment attaché (très court) à la barrière qui
protège l'orchestre et les spectateurs, juste devant les enceintes.
Une partie de Nioumachoua a été bloquée pour la fête, en l'honneur du retour au village pour les vacances d'une famille vivant en
métropole (si je me souviens bien). La course se fera dans un quartier sécurisé et isolé par des clôtures en bambou. Les participants (que des hommes) se mettent en ligne de chaque côté de la ruelle, concentrés et attentifs, à part notre hôte qui sourit aux
blagues de Philippe.
L'orchestre commence à jouer une musique lancinante, limite envoûtante,
qui a pour but d'exciter le zébu, et de plonger les danseurs dans une sorte de transe.
Pour bien vous mettre dans l'ambiance, en voici un petit aperçu.
Deux dames en tailleur distribuent des écharpes ou des lambs qu'elles passent autour du cou des futurs
"gladiateurs". Elles seront les maîtresses de cérémonie et ne danseront pas en ligne comme les hommes.
Cette danse d'ailleurs n'en finit pas, et l'on a tendance à se laisser hypnotiser par l'obsédante et répétitive mélodie. On en oublie presque le taureau, ses cornes, et sa soif d'en
découdre. De temps en temps,des
hommes sortent des rangs et vont affronter le zébu droit dans les yeux, en s'approchant le plus près possible de lui, à portée de souffle, histoire de l'énerver un peu plus en lui caressant les
naseaux à coups d'écharpe. Moi je trouve qu'il est déjà pas mal sur le nerf l'animal, pas le peine de le titiller davantage, sinon ça va
être un massacre, un vrai jeu de quilles avec mises en orbite et compagnie.
Voyez le visage très pâle, là ! N'est-il pas inquiet ? Et pour cause.
Tous les danseurs doivent aller saluer le bestiau, et notre tour approche. Si Philippe ne laisse rien paraître,
et si notre protecteur affiche un sourire goguenard, pour ma part, j'ai très vite repris mes esprits et du coup, je fais moins le fier (j'ai déjà repéré tous les
coins où je pourrais me percher, au cas où).
Les derniers danseurs s'éloignent de la barrière, la musique ralentit, on chasse les derniers enfants qui veulent faire comme les grands, et ...
des âmes peu charitables détachent le zébu. Là, c'est le "sauve-qui-peut" général, on court dans tous les sens, afin d'éviter cet autobus qui fonce sur nous. Certains courageux font
face au taureau et l'évitent de justesse en réalisant mille acrobaties, d'autres encore le hèlent pour l'attirer à eux, sous les rires et les cris d'un public déchaîné.
En tant qu'étrangers, nous (Philippe et moi) sommes étroitement surveillés et protégés, hors de question de faire mumuse avec le paquet de nerfs. Il
serait regrettable que l'on soit blessé. Mille yeux veillent à notre sécurité.
Les enfants chassés, quant à eux, assistent au spectacle sans sourire. Leur tour viendra bien assez tôt ! (Ils n'avaient qu'à me laisser une petite place
sur les toits !)
La course durera presque une heure, entre frayeur et soulagement, crispation et hilarité générale.
Ensuite on rattache l'animal à la barrière, les hommes reforment les rangs pour danser, et c'est reparti pour un tour.
A la fin, le zébu ne sera ni blessé, ni mis à mort. C'est un bien précieux et cher, l'événement n'était pas assez important pour exiger son sacrifice.
Quoiqu'il en soit, ce fut un honneur pour nous de participer à cette grande fête traditionnelle et populaire, que l'on peut retrouver aussi à Mayotte.
On ne le répétera jamais assez, les Mohéliens sont accueillants, prévenants, et extrêmement bien informés quant à leur avenir social, économique, et politique. Gentillesse ne veut pas forcément
dire naïveté.
... présentation d'un village entre nature et politique.
Situé sur la côte ouest face aux îlots du Sud (voir carte), Nioumachoua est le deuxième plus grand et plus important village de Mohéli, derrière
Fomboni.
C'est après 1 heure de barque, en provenance d'Itsamia, que nous foulons le sable blanc de la plage de Nioumachoua.
En chemin, on a pu apercevoir la carcasse du bateau de Bob Dénard (selon les dires locaux). Surnommé "Le corsaire de la République " par
lui-même, et "Le Diable " par l'ensemble des Comoriens, tant ses actes furent cruels et impunis, Bob Dénard est à jamais rattaché à la mémoire sanglante des Comores. Mais ça, c'est une
autre histoire !
La plage de Nioumachoua, donc !
Une eau claire aux couleurs magiques, un sable fin, une vue imprenable sur les îlots, bref un lieu paradisiaque où le temps semble avoir posé ses valises enfin d'en profiter un peu, lui aussi.
Ca tombe bien, l'ASDN (l'Association pour le développement socio-culturel de Nioumachoua) possède trois bungalows sur cette plage, et c'est là
qu'elle loge ses "invités". Ah, on sent déjà le repos bien mérité, les longues siestes, le farniente, la détente...
Mais avant, un petit tour du village s'impose, histoire de faire les présentations.
Nioumachoua est très grand, très étendu, et ressemble presque à une ville. C'est là qu'a été inauguré, en 2002, le Parc Marin de Mohéli, et ses habitants en sont très fiers.
On arpente donc des rues à l'architecture et au styletrès disparates. On passe de maisons en béton
surmontées d'extensions peu probables,
aux vieilles habitations en pierres, pour déboucher au détour d'une ruelle, sur de magnifiques bangas avec jardin et vestibule.
Les enfants sont partout. Ils nous suivent en faisant les clowns, juste pour la photo, devant des clous de girofle en phase séchage.
On prend de la hauteur, on se "perd " dans le quartier anjouanais d'où l'on a une vue d'ensemble exceptionnelle.
Mais il est temps de revenir aux bungalows, l'heure de la sieste approche. Nous sommes accueillis par un sourire et des tentacules. Dormir ou manger, tel est le dilemme
!
Ce soir, on doit assister à un tam-tam boeuf, alors mieux vaut prendre des forces !
C'est vous qui le dites !