... de nouveaux témoignages.
Nous ne sommes plus sur l'île, mais beaucoup de nos amis si. Vu qu'il y a très peu d'infos en métropole sur la situation désastreuse que vivent tous les habitants à Mayotte, nous avons pris la décision de publier leurs témoignages et leurs ressentis.
En voici donc un autre :
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Qui a dit que Mayotte était une île paisible ?
Depuis un mois ici, tout est bloqué, tous les commerces sont fermés, il y a des barrages partout et des émeutes tous les jours. Pour résumer la situation :
impossible de faire des courses, 9 sodifram ont été incendiés, il y a eu 1 mort dans une manif, la barge ne marche plus, nous avons eu les chars
anti-émeutes, les gardes mobiles déguisés en robocop, le largage de lacrymos par hélicoptère, les flashballs, les grenades assourdissantes, que du bonheur !
la situation a échappé au contrôle des autorités, les bandes de jeunes cagoulés font la loi et la tension raciale (hélas) se transforme petit à petit en
actions anti muzungus. Personne ne sait comment arrêter tout cela, et la situation dégénère assez vite. On commence à être inquiets pour notre
sécurité. Côté boulot, les écoles ne sont pas fermées officiellement : le vice recteur, qui n'a rien dit pendant trois semaines, a fait savoir hier que
les enseignants devaient être à leur poste mais sans mettre leur vie en danger. Les glandeurs ne vont pas bosser, les consciencieux se lèvent tous les matins
pour se heurter aux barrages. Les gamins sont sur les barrages à caillasser les flics ou à rançonner les muzungus. Hier entre Bandrélé et Amouro il y avait
14 barrages !!! le délire ! La vie quotidienne est de plus en plus compliquée, pas de commerces ouverts (même pas les doukas), plus de brochettis, pas de
facteur, pas de ramassage des ordures depuis 31 jours . Bref, on commence à en avoir marre et on n'en voit pas le bout, tout ça pour des mabawas et des
sardines ! C'est sûr que cette grève est justifiée, la vie est beaucoup trop chère pour les locaux, mais l'économie de Mayotte est en train de se plomber
pour des années, sans parler du tourisme."
A lire aussi la réaction de Marcel, sur son blog, ici.
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... témoignage de Marie et Clém.
Difficile de parler de Mayotte quand on n'y vit plus, difficile de savoir exactement ce qu'il s'y passe. Notre expérience mahoraise nous a appris à se méfier des médias en quête de sensations et de rumeurs. Mister Bob's nous tient informés régulièrement avec sa vision réunionnaise, et des collègues et amis de Mayotte nous racontent comment ils vivent la situation actuelle sur l'île. On préfère se fier à leurs témoignages.
Voici celui de Marie et Clém :
"Bonjour à tous,
Quelques nouvelles de Mayotte pour vous tenir au courant de la situation sur notre île, peut-être entendez vous des choses à la télé ou à la
radio ... Alors un petit mail pour vous raconter ça!
Nous sommes rentrés aujourd'hui et avons donc été épargnés pour l'instant par tout ce qui a eu lieu à Mayotte.
Mais sinon, ben ce n'est pas évident.
Nous on pense que, certes les forces de l'ordre sont très dures, mais il y a
environ 20 % de la population qui est sans papier et bien plus de la moitié de la population qui a moins de 25 ans, il n'y a pas de travail. Les gens ne sont pas qualifiés...
Alors quand il y a des grèves il y a de forts abus. Des deux côtés. Le préfet a peur que la situation dégénère, d'autant plus qu'il est
nouveau et que c'est la première fois qu'il est préfet. Et les syndicats font venir dans la rue des jeunes qui sont là pour grossir les manifestations et piller, casser. Pas tous bien évidemment,
mais une minorité pas si mineure que ça ... participe à faire de Mayotte une île bloquée et pillée.
Toutes les nuits des magasins sont pillés. Sur les bords des routes il y a des carcasses de voitures, des
débris de verre, des machines à laver, des gazinières cramées...
Mon voisin qui a gardé notre maison en notre absence et qui est un très bon ami m'a dit : "Marie, je n'ai jamais vu ça à Mayotte, c'était
la guerre! comme dans les films".
Les jeunes étaient dans notre quartier en hauteur et jetaient des pierres sur les flics et les flics
répondaient par des gaz lacrymos.. Bref qu'en penser... Qu'ils ont des problèmes financiers, ça n'est pas nouveau, mais ici peu de monde meurt de faim, car il y a des champs et des bananes,
manioc... mais le souci c'est qu'on leur propose la société de consommation dans les supermarchés, ils nous voient, ils voient les mahorais qui bossent au conseil général, rouler en 4x4 luxueux,
afficher leur argent, et tout le monde veut ça..
Ils vivent dans des maisons en tôle mais ont tous des portables, des écrans plats et canal satellite, alors je ne sais pas de quel point de
vue la vie est chère. Les magasins prennent des marges inadmissibles. Ça va s'améliorer grâce à la grève je pense, mais pour l'instant c'est la pénurie, il n'y a plus rien, les porte-containers
n'entrent plus au port et les magasins sont vides, ou fermés ou ont été pillés. Les gens vendent leur poulet ou ce qu'ils ont à des prix exorbitants, mon voisin m'a dit que la cigarette coûtait 1
euro, et que les aliments il n'y en avait plus. Le plus problématique étant le lait pour les bébés...
Voilà un peu ... On ne sait pas ce qu'il va se passer dans les jours à venir. Lundi c'est normalement la rentrée, y aura-t-il des
barrages aux ronds points ? La situation est fragile et la venue de Marie Luce Penchard n'a rien changé. Les gens se sont bien rendus compte que son unique message c'était de voter Sarko en 2012
et ça les a beaucoup énervés...
Il y a beaucoup d'aberrations en ce moment et notamment le conseil général qui continue de payer ses employés même s'ils font grève, ce qui a
encouragé les non grévistes à arrêter de bosser. Toutes les petites entreprises menacent de fermer, car elles n'ont pas des réserves leur permettant une perte aussi énorme de revenus. Elles
disent déjà qu'elles ne pourront rien donner à leurs employés qui ne font pas grève mais qui ne peuvent pas aller travailler en raison des barrages routiers, ce mois-ci...
Alors que penser... On attend la suite....
En attendant Noël...
Bises à tous "
Marie et Clem
Voici d'autres liens de Mister Bob's pour un meilleur aperçu.
Bonne lecture et bonne reprise. On espère vivement que la situation va rapidement s'améliorer pour le bien de tous.
... Pour une fin de mois de mai culturelle.
Cette fin de semaine s'annonce chargée en événements, à commencer par la très attendue exposition de la nouvelle collection de Marcel, peintre de son état, que l'on ne
présente plus.
Cette année, la couleur est de mise, et de la lumière, surtout de la lumière pour éclairer, dans tous les sens du terme, le Comité du Tourisme où aura lieu l'exposition. Si, si ! Il y a un Comité du Tourisme à Mayotte.
A noter, les dix tableaux de la galerie marchande du Jumbo Score seront vendus aux enchères le vendredi 10 juin. Le produit de la vente sera reversé à Maore danse, la compagnie de Jeff Ridjali.
Ensuite, un autre événement très attendu lui aussi, le festival de l'image sous-marine (voir Photo du Lundi). Il y aura des projections au lycée de Petite-Terre, au cinéma de Mamoudzou, et au lycée agricole de Coconi.
Les avant-premières auront lieu le 27 mai au collège de Dembéni à 19H, et sur la place de la mairie de Tsingoni. Le 28 mai à la MJC de M'tsamboro, et le 29 mai sur le parvis du Comité du Tourisme (mais si, il y en a un !) à 18H30.
Enfin, ce dimanche, se déroulera, sur la plage de Sakouli, le 16ième triathlon de Mayotte, suivi de l'aquathlon pour les enfants.
De l'art sous toutes ses formes,
Culture du corps et de l'esprit,
C'est le boost pour nos hormones,
En plus aujourd'hui,
Comme un fait exprès,
C'est l'anniv'd'Iloé !
Alors bon anniv' à toi Pétoulet
De l'océan indien en direct.
... on marche sur la tête.
Suite à l'excellente revue de presse de Mister Bob's, j'ai reçu quelques messages ayant trait à l'environnement et à l'état du monde actuel. J'en ai retenu trois : une info sur le septième continent, le texte largement diffusé de Fred Vargas, et un poème de Louis Calaferte.
Très bonne lecture.
Project Kaisei
Anthony Besson
Bonjour,
Je vous contacte aujourd’hui parce que nous lançons une campagne internationale de collecte de dons en faveur de l’ONG « Project
Kaisei » qui lutte contre la pollution des déchets plastiques dans l’océan Pacifique. Vous avez d’ailleurs peut-être déjà entendu parler du tristement célèbre 7ème continent de plastique grand
comme la France qui existe au large de la Californie.
L’ONG Project Kaisei, composée de scientifiques et de passionnés de la mer, s’est donnée pour mission d’étudier ce « vortex de
plastique » pour trouver des solutions. Cette collecte de dons servira à financer leur prochaine expédition.
La campagne se déroule sur Facebook et tourne autour d’un concept pour l’instant encore inédit : un poisson rouge nommé Kai sera
filmé en direct pendant 30 jours du 10 mai au 10 juin.
Cette campagne de dons pour sauver les océans intéressera peut-être votre blog ?
• L’opération se déroule à l’adresse suivante : http://on.fb.me/savekainow
• Vous pouvez trouver toutes les informations relatives à la campagne sur ce lien : http://pitch.pe/144478
• La vidéo de lancement est également disponible à cette url : http://youtu.be/TFpHp0qvnU0
Je reste à votre entière disposition si vous souhaitez plus d’éléments sur la campagne.
Bien cordialement.
Revue de Presse
Denis, Ci-joint un texte de Fred Vargas
Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait
mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance, nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons
un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides àl'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois
voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand
on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement
modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s'est
marrés.
Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de
biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a
pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous
avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau. Son ultimatum
est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi ou crevez avec moi
Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et
honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en
partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser
le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille
récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même
bien marrés).
S'efforcer.
Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.
Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de
l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas
Archéologue et écrivain
Vous avez laissé faire un monde de corruption.
Vous avez laissé faire un monde de mensonge.
Vous avez laissé faire un monde de lâcheté.
Vous avez laissé faire un monde d'ignorance.
Vous avez laissé faire un monde de routine.
Vous avez laissé faire un monde de pauvreté.
Vous avez laissé faire un monde d'équarriseurs.
On arrête.
On emprisonne.
On torture.
On assassine.
Et maintenant-qu'est-ce que vous espérez ?
Non, je ne suis pas mort, mais que ça ne vous empêche pas de m'envoyer des fleurs.
Louis CALAFERTE - Le cherche midi éditeur,
1997.
C'est vous qui le dites !