Pendant le vernissage des peintures de Marcel, nous avons eu l'honneur et l'immense plaisir d'assiter à un
concert de Langa et Bokélo, immortalisés d'ailleurs par Marcel sur l'un de ses grands tableaux. (Sur ce lien, Marcel explique son attachement à Langa, très intéressant à lire,
comme son blog d'ailleurs).
Langa (Toumbou Soumaïla) et Bokélo (Ali Bacar) sont des vétérans de la musique mahoraise. Leur musique
et leurs textes ont inspiré les chanteurs d'aujourd'hui. Langa (auteur, interprète, compositeur) joue de la Gaboussi
(sorte de petite guitare traditionnelle à trois cordes); et Bokélo, son ami de toujours, l'accompagne au M'Kayamba
(autre instrument traditionnel appelé aussi " chakachaka ").
Leur musique, le M'Godro, alterne deux rythmes, l'un calme et posé, l'autre plus rapide et répétitif.
Aux premières notes, aux premiers sons, l'ambiance est créée,
Langa et Bokélo nous entraînent dans leur monde, leur histoire.
Si certains sentent leur corps bouger tout seul, d'autres, à l'image de Marcel, écoutent cette musique religieusement.
On est à Mayotte, petite île de l'océan indien.
On vous emmène dans une promenade sonore très rapide ( 4 minutes ) de Mayotte, avec des sons que vous
avez déjà entendus ici et là aux détours de ce blog. Pour ceux qui ne connaissent pas Maore, pour les nostalgiques qui en sont partis, pour ceux qui vivent ici, ou pour ceux qui aiment les voyages,
suivez le guide !
La visite de Mayotte commence par un chant de femmes, assises sous un faré,
à l'abri du soleil, et qui s'accompagnent en tapant sur des bambous : le M'Biwi. C'est ce chant-là qui vous accueille quand vous arrivez à l'aéroport de Pamandzi sur Petite-Terre.
Ensuite, pour rejoindre Grande-Terre, vous prenez la barge. Il y en a deux, la barge piétonne et la barge voiture ou amphidrome. Après les trois
coups, la barge s'en va, chargée de bananes, de sac de riz, de scooter, et de racontars.
Arrivé sur Grande-Terre, c'est Mayotte la musulmane, avec le chant du muezzin, l'appel à la prière. Chant qui rythme la vie mahoraise 5 fois par
jour.
Puis passe dans le village le vendeur de poisson, avec sa brouette. Il crie « Filao, filao, filao »
(poisson pêché), et annonce son prix : 4 euros, sûrement des vivaneaux.
En vous promenant dans le malavoune (la campagne), vous allez entendre lebeuglement des zébus, les
cigales, les roussettes (grosses chauve-souris frugivores). Sur le bord de la route, des hommes enchaînent des parties de dominos endiablées. Ils claquent leurs
jetons sur une table un peu bancale, comme pour chasser le mauvais sort. La bonne humeur est là.
Au loin, vous percevez le ressac du magnifique lagon de Mayotte, et de ses eaux parfois bleues turquoises, parfois rouges sombres de la terre des
montagnes, la latérite.
De retour au village, des enfants récitent des chansons apprises à l'école, dans une langue qui n'est pas la leur. Les paroles et le rythme de cette « souris
verte » n'ont rien à envier à la version originale. Les makis, lémuriens endémiques de Mayotte, semblent apprécier. Ils grognent de satisfaction, ou peut-être sentent-ils la pluie.
D'ailleurs le ciel menace. Le tonnerre gronde, une grosse averse s'abat sur les tôles et les feuilles de bananiers. Le bruit est assourdissant. Quand ça
se calme un peu, le pilon écrase le riz méthodiquement, et des enfants jouent sous la pluie, nus. L'un d'entre-eux arrive en criant « police, police,
police » et en tapant sur une casserole, histoire de prévenir les clandestins, les sans papiers, ceux qui fuient les autres îles de l'archipel des Comores, pour tenter leur chance dans
l'Eldorado que représente Mayotte à leurs yeux...
Enfin, comme dans toutes les histoires, celle-ci se termine aussi par un mariage. Un long cortège nuptial, défile dans les rues. Les hommes en tête frappent sur des tambours, en suivant les directives du maître de cérémonie. Le marié beau, comme un prince, est
encadré par ses cousins. Ils coincent une cigarette éteinte entre les lèvres, et ne doivent pas sourire ou rire : gare si la cigarette tombe ! Des jeunes filles agitent de grands éventails devant
eux pour ne pas qu'ils souffrent de la chaleur.
En queue du cortège, les femmes des deux familles, belles et parées de leurs plus beaux bijoux en or, donnent de la voix.
Votre visite éclair de Mayotte s'achève comme elle a commencé, sur un chant de femmes.
Ce n'est pas pour rien que Mayotte s'appelle aussi « l'île aux femmes ».
Joyeux noël encore à tous, où que vous soyez !
On n'oublie pas Séverine et son CD de la version longue de cette promenade sonore dans Mayotte. Il nous manque encore quelques sons, mais ça ne saurait
tarder.
Et pour cette occasion, on a eu droit, ce lundi 10 novembre, à un concert exceptionnel : un grand
moment de bonheur !
Etaient réunis sur la scène du cinéma Alpajoe de Mamoudzou : Diho, Mikidache, Trio, et Maalesh; uneformation classique composée de Liza Kerab
(violon), Vinh Pham (violon), Sharman Plesner (Alto), Kerstin Elmqvist (violoncelle), Odile Bruckert (flûte), Pierre Laïk (piano), Yvon
Mamisolofo (percussions); les Mang'Zoreil (duo féminin vocal avec Anne Lise Leka et Kti Leda); et lechoeur d'enfants de la Classe Horaires Aménagés
Musique du collège de Doujani (CHAM), dirigé par leur professeur Kathy Forestier.
Le son était excellent, et le spectacle intitulé "Symphonie au soleil levant de l'Afrique", très réussi.
Diho, Mikidache, Trio, et Maalesh, ont chacun interprété 3 de leurs chansons, emmenés par une orchestration féerique. Pour vous en convaincre, on vous propose d'écouter un extrait d'une
chanson de Mikidache: Tsihimidiya, "un pur régal pour les oreilles" (dixit notre maître en écoute musicale, le Zouz de Mayotte).
On doit cette réunion d'artistes de diverses origines et nationalités, au travail, à la passion, et à l'investissement de la directrice de l'école de musique de Mamoudzou, Madame Cécile
Pelourdeau.
Rien que pour le plaisir que ce concert nous a procuré, nous la remercions vivement.
Dommage cependant qu'il n'y ait pas eu plus de communication autour de cet événement culturel, dommage que nous ayons été avertis pratiquement au dernier moment par le bouche-à-oreilles.
A quand une salle de spectacle digne de ce nom à Mayotte ? Des personnes montrent chaque jour, que l'on ne peut plus s'en passer !
... du punch, du talent, et de la bonne humeur.
Accompagnés parles deux célèbres marcheurs du Bénara et boulistes de Musicale, Juan Magnum et Cyril Avezou (aussi appelé "le Zouz" dans son pays ),nous avons encore découvert un très bon artiste
de Mayotte. Eliasse est connu ici, mais nous ne l'avions jamais vu. Voilà chose faite, on ne regrette pas, c'est du haut niveau. Eliasse se donne sur scène et offre une musique et un chant inspirés,
relativement chaleureux. Dans l'extrait, ci-dessous, la
qualité assez moyenne de l'enregistrement est due d'une part à la sonorisation de la salle, et d'autre part, au volume assez élevé de la sono, seul moyen trouvé par des organisateurs désespérés
afin de couvrir l'animation pédagogique lancée par Juan Magnum et Cyril sur "l'art de renifler le cochonnet à Mayotte ".
D'ailleurs si vous tendez bien l'oreille, vous pouvez en entendre quelques bribes, au loin.
C'est vous qui le dites !