Nous sommes toujours dans le village d'Itsamia à Mohéli, le lieu pour observer les pontes de tortues
marines vertes, et d'éventuelles émergences (éclosions d'oeufs).
L'observation des pontes se fait la nuit, en compagnie d'un éco-garde.
Réveil donc à 3 heures du matin, et départ vers les plages d'Itsamia, frontales ... au front.
Sur les conseils de l'éco-garde, nous éteignons nos lampes afin de ne pas gêner, ni désorienter les futures pondeuses. On se balade alors sur la plage, tranquillement, et on tend l'oreille, car
c'est le bruit que fait la tortue en chassant le sable pour creuser son trou qui va nous guider jusqu'à elle.
Et ça ne rate pas, au bout de quelques minutes, nous découvrons notre première travailleuse.
Celle-ci ne pondra pas d'oeuf. Il n'est pas rare que les tortues creusent plusieurs trous avant de se décider à pondre, juste histoire deleurrer les prédateurs.
On la laisse donc tromper son monde, et nous poursuivons notre expédition sur les 4 plages d'Itsamia. On verra par la suite encore une tortue en plein de travail et ce sera la seule. Mais pas de
photo, le spectacle était tellement magnifique que nous avons, un instant, oublié notre paparazimanie touristique.
Le jour pointe son nez tout doucement, on retourne vers le village sous un magnifique lever de soleil.
C'est le rêve, pour un peu on se croirait seul au monde.
Près des premières maisons, l'éco-garde nous appelle. Quelque chose de petit et de noir se dandine vers la mer.
Des tortillons ! (Oui je sais, certains puristes préfèrent le terme de bébé tortue, mais franchement quand vous les voyez se tortiller dans le sable,
tortue-tortillon, c'est quand-même plus approprié et plus joli ! Je vais d'ailleurs proposer ce mot à l'académie française.)
C'est un parcours difficile et semé d'embûches qui les attend. Le sable colle aux pattes et aux yeux, les crabes guettent, et les corbeaux ne sont pas loin. Mais quelle vaillance
! La plage est remplie de leurs traces zigzagantes, il y en a des dizaines.
Apparemment, les tortillons se dirigent vers la source de lumière produite par le reflet du soleil dans l'eau. Ces émergences ont lieu généralement le matin, quand la température est propice.
Sur cette photo, on voit bien que le tortillon fonce vers le côté le plus clair, non ?
Une dernière pause avant de connaître les joies de la première baignade, et du premier surf. On attend que le dernier, le plus déboussolé tant il a zigzagué, disparaisse dans les flots, et l'on
rentre déjeuner, tout flapi, mais heureux de cette belle promenade. Le lendemain, en quittant Itsamia en barque, nous assisterons, en compagnie de deux dauphins curieux
(les deux ailerons là), à un accouplement de tortues.
Les dauphins n'étaient d'ailleurs pas les seuls à se rincer l'oeil. Des tortues mâles attendaient leur tour,
et la pauvre femelle (que l'on ne voit pas) n'en n'avait pas fini de se faire mordre le cou.
La boucle est bouclée. Nous avons assisté aux trois étapes de la vie d'une tortue : accouplement, ponte, et naissance.
Il faut quand-même saluer le travail remarquable des éco-gardes d'Itsamia qui réalisent des efforts considérables afin de préserver et de sauver ces tortues marines vertes. Leurs vies sont souvent
mises en danger par des braconniers qui sont prêts à tout (tant le commerce est rentable, et la capture facile) pour ramener un maximum de viande de
tortue, très appréciée dans d'autres îles.
Je vous renvoie vers un article de Séverine, qui parle justement de l'agression sauvage de Daan Ouni Msoili, un
éco-garde d'Itsamia, par des braconniers.
Bonne lecture.
C'est vous qui le dites !