Le Tam-Tam boeuf est une sorte de jeu populaire typiquement mohélien qui ressemble, sous certains aspects,
aux courses landaises.
En général, cette fête traditionnelle vient couronner un mariage, célébrer un retour au pays, une naissance, ... Bref n'importe quelle occasion. Et selon, son importance, le boeuf est mis à mort ou
non (si c'est un grand mariage, le zébu sera tué et servi à la noce).
Pour concocter un bon Tam-Tam boeuf, il faut d'abord un tam-tam (ou djembé, tambour), puis un boeuf (voire un zébu,
exceptionnellement un taureau), et enfin des participants et un public enthousiastes.
Commençons par le tam-tam, accompagné d'autres instruments : synthé, batterie, guitare, ... C'est en fait tout un groupe !
Les musiciens s'accordent, répètent les dernières notes pour la plus grande joie des enfants qui n'attendaient que cela pour danser, chanter, et rire. Qu'ils en profitent, plus tard ils seront
chassés de l'arène à coups de baguettes symboliques.
Le boeuf, qui pour l'occasion a revêtu sa bosse de zébu, vient d'arriver. Il est très vite et prudemment attaché (très court) à la barrière qui
protège l'orchestre et les spectateurs, juste devant les enceintes.
Une partie de Nioumachoua a été bloquée pour la fête, en l'honneur du retour au village pour les vacances d'une famille vivant en
métropole (si je me souviens bien). La course se fera dans un quartier sécurisé et isolé par des clôtures en bambou. Les participants (que des hommes) se mettent en ligne de chaque côté de la ruelle, concentrés et attentifs, à part notre hôte qui sourit aux
blagues de Philippe.
L'orchestre commence à jouer une musique lancinante, limite envoûtante,
qui a pour but d'exciter le zébu, et de plonger les danseurs dans une sorte de transe.
Pour bien vous mettre dans l'ambiance, en voici un petit aperçu.
Deux dames en tailleur distribuent des écharpes ou des lambs qu'elles passent autour du cou des futurs
"gladiateurs". Elles seront les maîtresses de cérémonie et ne danseront pas en ligne comme les hommes.
Cette danse d'ailleurs n'en finit pas, et l'on a tendance à se laisser hypnotiser par l'obsédante et répétitive mélodie. On en oublie presque le taureau, ses cornes, et sa soif d'en
découdre. De temps en temps,des
hommes sortent des rangs et vont affronter le zébu droit dans les yeux, en s'approchant le plus près possible de lui, à portée de souffle, histoire de l'énerver un peu plus en lui caressant les
naseaux à coups d'écharpe. Moi je trouve qu'il est déjà pas mal sur le nerf l'animal, pas le peine de le titiller davantage, sinon ça va
être un massacre, un vrai jeu de quilles avec mises en orbite et compagnie.
Voyez le visage très pâle, là ! N'est-il pas inquiet ? Et pour cause.
Tous les danseurs doivent aller saluer le bestiau, et notre tour approche. Si Philippe ne laisse rien paraître,
et si notre protecteur affiche un sourire goguenard, pour ma part, j'ai très vite repris mes esprits et du coup, je fais moins le fier (j'ai déjà repéré tous les
coins où je pourrais me percher, au cas où).
Les derniers danseurs s'éloignent de la barrière, la musique ralentit, on chasse les derniers enfants qui veulent faire comme les grands, et ...
des âmes peu charitables détachent le zébu. Là, c'est le "sauve-qui-peut" général, on court dans tous les sens, afin d'éviter cet autobus qui fonce sur nous. Certains courageux font
face au taureau et l'évitent de justesse en réalisant mille acrobaties, d'autres encore le hèlent pour l'attirer à eux, sous les rires et les cris d'un public déchaîné.
En tant qu'étrangers, nous (Philippe et moi) sommes étroitement surveillés et protégés, hors de question de faire mumuse avec le paquet de nerfs. Il
serait regrettable que l'on soit blessé. Mille yeux veillent à notre sécurité.
Les enfants chassés, quant à eux, assistent au spectacle sans sourire. Leur tour viendra bien assez tôt ! (Ils n'avaient qu'à me laisser une petite place
sur les toits !)
La course durera presque une heure, entre frayeur et soulagement, crispation et hilarité générale.
Ensuite on rattache l'animal à la barrière, les hommes reforment les rangs pour danser, et c'est reparti pour un tour.
A la fin, le zébu ne sera ni blessé, ni mis à mort. C'est un bien précieux et cher, l'événement n'était pas assez important pour exiger son sacrifice.
Quoiqu'il en soit, ce fut un honneur pour nous de participer à cette grande fête traditionnelle et populaire, que l'on peut retrouver aussi à Mayotte.
On ne le répétera jamais assez, les Mohéliens sont accueillants, prévenants, et extrêmement bien informés quant à leur avenir social, économique, et politique. Gentillesse ne veut pas forcément
dire naïveté.
C'est vous qui le dites !