... à la découverte des îles de l'archipel des Comores (2).
Dès notre arrivée à Moroni, nous rencontrons Chauffeur, Le Guide du Karthala, le plus renommé et le plus
sûr.
Autour de quelques bières et paroles rafraîchissantes et rassurantes, nous prenons rendez-vous pour le lendemain matin 4H30. Par manque de temps, l'aller-retour se fera dans la journée.
Le Karthala est un jeune volcan bouclier qui culmine à 2 361 mètres. Il occupe les deux tiers de la Grande-Comore, avec ses 30 kilomètres de long et ses 15 kilomètres de
large.
Encore endormis et pas vraiment reposés, nous commençons son ascension au départ du village de Mvouni, à 390 m d'altitude. Ce qui fait, après un bref calcul et une vérification plus longue,
presque 2 000 mètres de dénivelé ! Il est 4H45, et là, on rigole moins.
Dans le noir, seulement éclairés par nos frontales, nous nous enfonçons d'abord dans une forêt de basse altitude,
encore toute imprégnée de rosée.
Puis trempés, nous sommes avalés par une jungle luxuriante et dense,
la forêt primaire du Karthala. On aperçoit chauffeur avec sa casquette blanche.
Après 3 heures de marche, nous sortons enfin de cette jungle. Nous sommes à mi-parcours. On a grimpé dur sur d'anciennes coulées de lave, et là le paysage change. Ce sont les alpages ! Une
végétation de haute altitude, relativement rase, avec des zébus qui broutent.
Pendant à peu près une heure, le terrain est relativement plat. On en profite pour récupérer avant d'attaquer les deux dernières heures de montée.
Oui je sais, je traîne, on m'attend,...j'en peux
plus, mais bon qui porte le gros sac? Hein ?
On a l'impression de ne jamais arriver, mais il y a des signes qui
ne trompent pas sur la proximité du cratère, comme cette magnifique forêt pétrifiée par la dernière éruption en 2007. Là, c'est magique, on se croit dans un paysage de conte.
Le sommet de la caldeira approche, le terrain est sec, la végétation de fait rare, et au détour d'un virage, ça y est ! Nous arrivons, l'ascension est finie ! Il ne nous reste qu'à descendre
de la caldeira pour aller voir le plus grand cratère du monde.
Nous marchons carrément sur la lune, on aperçoit des cendres à perte de vue. C'est magnifique. Tout est gris, vallonné, avec ça et là quelques dômes et fumerolles. Et oui, ce volcan est toujours en
activité.
C'est un désert à 2 361 mètres d'altitude.
Après ces quelques pas et sauts dans les cendres, nous atteignons le bord du Choungou Chahalé, la plus grande des caldeiras avec ses 1 300 de long sur 800 mètres de large. Le cratère du
Karthala, quant à lui, fait 4 km de long sur 3 de large.
Il y 10H35, notre ascension jusqu'à ce point a duré 6 heures.
Comme l'explique Chauffeur, avant, au fond du Choungou Chahalé, il y avait un lac. Mais lors de la dernière éruption en 2007, il a disparu.
Avec ses 200 mètres de profondeur ( 400 avant la dernière éruption), le gouffre reste impressionnant.
Beaucoup de légendes courent sur ce cratère : un djinn aurait volé la bague du prophète et l'aurait jetée au sommet du Karthala, ouvrant ainsi le cratère ; un sultan aurait fait la même chose
avec sa bague de fiançailles; d'autres pensent que c'est le trône de la reine de Saba que des djinns jetèrent dans le cratère...
Des croyances qui font que pour beaucoup de personnes, l'endroit n'est tout simplement pas fréquentable, moi, c'est plutôt son activité qui le rend peu sympathique.
Le volcanisme du Karthala est sensiblement comparable à celui du Piton de la Fournaise à la Réunion, à part que ce dernier est étroitement surveillé. Il rentre en éruption à peu près tous les dix à
quinze ans. Il s'est manifesté en 2005, 2007, ... et des coulées de lave peuvent surgir aussi en basse altitude.
On fait une photo souvenir et on reprend des forces pour la descente. Il faut arriver avant la nuit.
La descente s'avère longue et difficile, surtout la partie dans la jungle où les moustiques se régalent. La roche est glissante, et la pente raide.
Au bout de 5 heures d'orteils crispés et de voûtes plantaires traumatisées, nous regagnons enfin le village de Mvouni. Il est 16H45.
L'ascension du Karthala n'est pas plus difficile que celle du Piton de la Fournaise, mais elles est beaucoup plus longue, il n'y a pas de route. La faire en un jour, s'est révélé être un véritable
défi pour nous. On sera parti 12 heures, dont un peu plus de 10H30 de marche.
En général, l'ascension s'effectue en deux jours, avec une nuit au cratère. Ce qui est beaucoup moins fatiguant, et sans doute plus sympa.
Pas peu fiers, on a bu la bière de la victoire avec Chauffeur qui, sans aucune compassion pour nos chairs meurtries, nous a donné le coup de grâce: il remet ça demain avec d'autres touristes, et
les jours suivants... Pour nous c'était un défi, pour lui, c'est son travail. Et quand le client est là, il faut y aller. Il n'a pas le choix, les touristes ne sont pas nombreux en Grande-Comore.
Alors si il doit monter tous les jours pendant deux semaines, il montera tous les jours pendant deux semaines.
Du coup, on ravale nos plaintes en gardant le souvenir d'un paysage majestueux(peut-être que
Chauffeur le contemple à l'heure où je termine cet article), et d'une journée, comme dirait
Séverine, magnifique.
C'est vous qui le dites !