En ce moment, à Mayotte, on alterne grosse chaleur et fort taux d'humidité avec violents orages et encore plus
fort taux d'humidité. Bref, il est très difficile de se tenir au sec.
Le top du top, c'est de se retrouver en deux roues (d'ailleurs je rends hommage à ce vaillant et fidèle destrier qui ne tient pas la route mais qui pourrait
gravir le Choungi avec son moteur 2 temps) sous un de ces orages. Là, c'est du sport extrême.
Outre le fait que l'on soit trempé en 2 secondes, ça c'est presque une broutille inévitable; que l'on soit mitraillé par des milliers de gouttes qui, je ne sais par quel phénomène physique, se
transforment en petites aiguilles d'acupuncteur; que l'on risque la glissade sur du bitume rendu aussi glissant par les coulées de boue qu'une piste de bobsleigh; outre le fait que la visière du
casque se remplit de buée, réduisant de 3/4 la vision; que les bambous se penchent irrémédiablement sur la route; que le froid (oui le froid ! Quand il pleut
comme ça, les températures baissent en moyenne de 10 °, on passe alors de 33 à 23°C !Et il fait froid !) commence à vous engourdir les
membres et que vous savez que vous ne pourrez pas vous réchauffer devant un bon feu de cheminée et un bol de chocolat aux mashmallows ; et enfin outre le fait que la panne d'essence guette à chaque
virage et que la nuit n'est pas loin de tomber ; circuler en deux roues à Mayotte sous une forte averse reste un réel plaisir.
Il y a cependant un léger bémol à apporter. A La Réunion, ils ont une rivière qui s'appelle "la Rivière des Galets". Nous, on a presque la même chose avec la désormais célèbre "Rivière des
Graviers", à part que ce n'est pas une rivière, mais une ... route ! Une route en travaux certes, mais une route quand-même, entre Tsoundzou II et Tsararano.
Une route sur laquelle le gravier est roi et se déplace tranquillement au gré des courants. Une route où l'on progresse par bonds, de tas de graviers en tas de graviers, comme une descente de ski
dans la poudreuse.
Une route où l'on espère que le nième trou que l'on n'a pas pu éviter, parce qu'on en a déjà snobés une bonne trentaine 3 secondes plus tôt, ne fait pas deux mètres de profondeur, et où les divers
petits cours d'eau qui la traversent ont pour seule motivation de vous faire dévier du droit chemin.
Une route qui vous avertit par les voitures échouées dans les fossés, que le prochain qu'elle engloutira, ce sera peut-être vous.
Une route qui change à chaque fois de virage, de rivage, et de visage, et qui renouvelle sans cesse ses pièges.
La Rivière des Graviers à Mayotte, c'est le cauchemar du deux-roues, mais on ne peut décemment pas la qualifier de route. Non ! C'est plutôt une piste, une piste aux étoiles. Et des étoiles on en
voit un sacré paquet quand le freinage arrive trop tardivement, ou quand la direction vous échappe sous prétexte que votre roue s'est subitement enfoncée dans 20 cm de bons gros graviers pointus
!
Heureusement que son temps est compté, et qu'elle va être d'ici peu remplacée par une belle et large vraie route bitumée. La Rivière des Graviers, c'est un long serpent qui mue.
Sinon, si ça intéresse quelqu'un, je vends mon fidèle et génial-destrier-dépourvu-d'amortisseur-qui-tient-super-bien-la-route-qui-évite-les-trous-et-qui-est-toujours-à-l'heure !
Je vais investir dans un aéroglisseur, moyen de locomotion plus adapté à la situation, vu que je n'ai pas réussi à équiper mon scooter de flotteurs et de gilet de sauvetage. Et puis pour la glisse,
au moins, je serai servi.
C'est vous qui le dites !