... les bwénis se reposent et les monye racontent.
Il fait toujours chaud à Mayotte, mais là, on se rapproche de l'hiver. Les alizés sont arrivés sans se
presser, amenant avec eux une fraîcheur très appréciable, surtout le soir.
Au village, la vie se passe tranquillement entre les jeux des enfants, les cris des bwénis qui s'interpellent, les appels à la prière, les discussions parfois animées des hommes (tôt le matin
ou tard le soir), les rires des bacoco, les bruits des balais ou des pilons, la radio parfois à fond, le chant des coqs enroués ou les chansons d'école des enfants, ...
Les chèvres et les zébus passent, sûrs de leurs bons droits, des roussettes se crèpent le chignon dans les bananiers, et les margouillats grimpent sur la table dans l'espoir de grapiller
quelques miettes.
Cette animation quotidienne crée l'ambiance du village.
Ici tout le monde se connait, et tout le monde se tient au courant. On ne peut pas passer inaperçu, et personne ne sera dans le besoin en cas de pépin.
On commence peu à peu à comprendre le sens de certaines discussions, et notre vocabulaire shimaoré s'enrichit de nouveaux mots, parfois assez familiers. Mais bon, on en est pas encore à aller
taper la causette sous le manguier, ... ce n'est pourtant pas l'envie qui manque.
Une mama brochetti s'est installée juste à côté de la maison. Il y a une odeur appétissante de viande grillée le soir, et je crois qu'on se laissera souvent tenter. En plus, elle fournit tout,
couverts, piments,...
Le brochetti c'est le Maquedo de Mayotte, avec des frites beaucoup plus grosses !
Je termine cet article avec le chant du muezzin, sous une chaleur de plomb, vu qu'une longue coupure d'électricité rend impuissant le ventilo.
Les pilons s'activent aussi, et au loin, l'on entend le "filaofilaofilao" des vendeurs de poissons.
Bon, je dois dire que c'était particulièrement animé cet après-midi ! C'est la piste cachée 7 "ambiance de village" (pour l'écouter, il faut faire défiler la playliste en cliquant
sous la piste 6)
Sinon cliquez ici. Bonne écoute.
Demain est un autre jour.
Suku yangina tsena !
...de Mayotte, Iloni.
Nous avons baptisé notre maison "Manga", d'une part parce que nous avons un grand et beau manguier dans le jardin, et d'autre part parce que ,
chaque fois que les enfants du village nous voient, ils crient "manga, manga" pour qu'on leur donne des mangues.
Mais là, il n'y pas plus de mangue, alors ils nous disent juste "bonjour, bonjour, bonjour,...."
Ce qui est agréable aussi, c'est que, grands comme petits, ils connaissent nos prénoms et ne nous appellent presque plus "Zungu" (blanc), mais "François" ou
"Séverine" avec différentes prononciations.
On s'intégre petit à petit, et on se sent de plus en plus chez nous.
Sinon, la poste est toujours en grève depuis le 2 janvier, on ne sait pas trop ce qu'ils demandent, mais ça commence à être vraiment pénible. Outre internet et le téléphone
(qui fonctionnent après moult essais et patiences, surtout pour internet), elle reste quand-même un des principaux moyens de communication avec le monde extérieur. On se sent
réellement pris en otages, et du coup, assez isolés. La poste nous prive d'un
plaisir, celui de recevoir des lettres, des nouvelles, des colis. Et quand on leur demande quand ça va s'arrêter, ils sont incapables de nous répondre.
Autre fait pénible, mais moins que la poste, il y a en ce moment beaucoup de moustiques (à l'inverse des postiers, à croire que les postiers se sont transformés en moustiques
pour énerver encore plus les gens), assez agressifs. C'est la saison, comme il pleut énormément, l'eau stagne, et les moustiques s'en donnent à coeur joie. Mais bon, avec
les moustiquaires et les répulsifs, on est assez tranquille. Et puis les margouillats font bien leur boulot aussi, ils sont très adroits dans le gobage d'un escadron de moustiques.
Voilà, notre vie ici n'est pas si rose que ça. Bon d'accord, il y a le soleil, la plage, la montagne, la plongée, les concerts, des rencontres extraordinaires (hier, j'ai vu mon premier
caméléon, et ben c'est assez laid, on dirait une grosse souris verte), les siestes, le temps de vivre, les ananas, les fruits de la passion, les week-end qui ressemblent à des vacances, les
courses de kayak, ..........
... presque sauvage.
Notre jardin, en cette saison des pluies, pousse en n'en plus finir. Il a donc fallu agir et couper, tailler, déraciner, arracher, quelques
herbes trop envahissantes.
Voici donc les outils de jardinage dont nous nous servons pour tranformer notre micro-jungle en jardin à l'anglaise (ne soyons pas chauvin, pas
ici).
Les plus utiles:
- ma machette martiniquaise
(plantée dans le
tronc creux du papayer, qu'elle a coupé) qui sert aussi de tondeuse, de guillotine à scolopendre et à bananier, et de vigile (je crois que ça va pas être possible, pas être
possible....)
-
le rateau à poils longs, très pratique pour ramasser à la
pelle les feuilles mortes du manguier.
- la fameuse PB
(ou pelle-bêche pour les non puristes), très utile pour bêcher, creuser, et
faire fuir les enfants qui veulent des mangues.
Le plus pratique:
- lechombo,
petite machette mahoraise (aussi plantée dans le tronc du papayer qu'elle n'a pas coupé), facile d'utilé et assez légère. Pas mal aussi
pour décapiter les scolopendres et couper les cocos.
Les plus communs:
- nos mains, pour éponger la sueur, arracher, tirer, gratter, creuser, ...
Voilà, enfin, voici quelques photos du jardin : une fleur de frangipanier (que l'on appelle aussi fleur de Tiaré),
la plante grimpante est une plante à fruits de la passion,
le haut du papayer avec ses papayes, un tas à brûler.
On commence juste à trouver du temps pour "faire le jardin", et promis dans un an, il sera vraiment extraordinaire, on attend d'ici peu Vincent le jardinier.
Cadeau: un petit margouillat noir!!!
C'est vous qui le dites !