...et contemplez les bulles qui montent, qui montent.
A l'heure où gronde le tonnerre et où crépite la pluie sur les tôles ondulées, Mayotte reste relativement calme. La pulpe reste au fond, tranquille, et les bulles se font bien timides.
Ça sent la fin d'année scolaire, la fin de la saison des pluies, et l'on attend la venue des alizés pour mettre un brin de folie dans tout cela, un brin de colorant.
J'aime bien cette étiquette d'Orangina pour son originalité. Il paraît que l'on ne la verra plus collée sur les bouteilles en plastique. Il n'y aura que des canettes, comme pour contredire la Photo du Lundi.
Il paraît aussi que la célébration du département prévue le mardi 26 avril n'aura pas lieu, exit le feu d'artifice.
Il paraîtrait enfin, que Frédéric Mitterand viendrait faire un tour sur l'île, histoire de voir, quand-même, ce nouveau département.
Voilà pour les dernières nouvelles qui ressemblent plus à des rumeurs qu' à de réelles informations.
Ainsi va la vie.
... un jeune conte de Mayotte, écrit par de jeunes conteurs.
Chémélétra sème la terreur sur l’île de Mayotte. Mais Ignacio, le dernier homme, ne compte pas se laisser faire. Il devra faire preuve d’un grand courage…
On vous propose un début de week-end littéraire avec cette courte histoire, car c'est aussi ça Mayotte.
Il était une fois, un jeune pêcheur qui s’appelait Ignacio et qui vivait au bord du lac Dziani en Petite-Terre sur l’île de Mayotte. Il habitait avec sa grand-mère Coco Marie, une vieille veuve toute fripée et minuscule, qui soignait les gens du village. Tous les matins, Ignacio partait à la pêche avec sa pirogue en bois, très loin, après la barrière de corail. Ignacio était l’un des derniers hommes de Mayotte car Chémélétra, une djinn cruelle qui venait de Madagascar, les avait tous dévorés les uns après les autres. Personne ne pouvait rien y faire parce qu’elle était toujours accompagnée d’une bête monstrueuse, inconnue sur l’île, une bête immense avec des milliers de pattes et deux crocs vénéneux. C’est de cette bête, que les Mahorais appelèrent « scolopendre », que venaient les pouvoirs de la djinn.
Un jour, Chémélétra attaqua le village du jeune pêcheur, mais elle le trouva vide du dernier homme, seules les femmes vinrent à sa rencontre. Un héron blanc avait prévenu Coco-Marie que son petit-fils était le dernier des hommes de Mayotte et qu’il fallait qu’il se cache. Les femmes essayèrent de convaincre Chémélétra qu’il n’y avait plus d’homme sur l’île. Elles choisirent Coco Marie pour affronter la colère de la djiin :
« - Chémélétra ! dit coco Marie qu’est- ce que vous faites là ? Tous les hommes sont morts, vous les avez mangés. Allez-vous-en et laissez-nous pleurer sur notre triste sort.
- Tais-toi, vieille peau ! Je sens qu’il reste un homme dans ce village, et je sais que c’est ton petit-fils. Dis-moi où il est, ou je détruis ton village.
- Tu n’as qu’à le chercher toi-même !"
A ces mots, Chémélétra lança sa scolopendre géante à la recherche d’Ignacio. Celle-ci fouilla partout, renversa les récoltes, détruisit les cases, et effraya les enfants. Ignacio, caché sur le toit d’une maison, vit le monstre se rapprocher. Il mit ses tongues magiques, celles qui lui donnaient le pouvoir de courir plus vite que le vent, et se réfugia dans le grand poulailler du village. La bête le vit et se précipita sur lui, mais Ignacio fila encore à toute vitesse. Il parcourut une dizaine de kilomètres avant de s’arrêter et de réfléchir. « Je ne suis pas un lâche, se dit-il à lui-même, je dois affronter Chémélétra et faire honneur à mon village. Grâce à mes savates magiques, elle ne m’attrapera jamais. »
Ignacio retourna donc dans le poulailler avec un plan pour tuer la scolopendre. Il pensait qu’un coup de tongue magique bien placé aurait raison de la bête.
Quand il arriva devant les grilles, il assista à un spectacle inattendu qui le réjouit. Toutes les poules, excitées à la vue de ce gros festin qui s’offrait à elles, s’étaient jetées sur la scolopendre et avaient commencé à la picorer. Elle avait bien essayé de se débattre, avait mordu quelques poules, mais elle fut découpée en trois gros morceaux, et dévorée vivante en quelques minutes. Une poule engloutissait le dernier morceau encore gigotant.
Ignacio décida de ramener cette poule à Chémélétra. Il la captura facilement, car elle avait du mal à courir avec tout ce surpoids, puis rejoignit sa grand-mère et la djinn sur la plage. Elles se battaient, se tiraient les cheveux, se roulaient par terre, s’insultaient, mais à la vue d’Ignacio, toutes deux s’arrêtèrent comme hypnotisées. Seule Chémélétra partit d’un rire glacial et regarda le jeune homme avec gourmandise.
Coco Marie cria à son petit-fils de partir aussi vite et aussi loin qu’il le pouvait, mais Ignacio la rassura d’un sourire et interpella la djinn.
« - Chémélétra ! Tu n’as plus de pouvoir. Ta sale bête est morte.
- Tu mens ! Ma scolopendre est invincible, aucun homme ne peut la tuer.
- Aucun homme peut-être, mais une poule ? »
Ignacio lança la poule vers Chémélétra, celle-ci roula jusqu’à elle.
Chémélétra lui donna un violent coup de pied, et elle alla s’écraser sur le tronc d’un cocotier. La poule explosa, libérant de petits morceaux de scolopendre non digérés. La djinn comprit que ses pouvoirs n’existaient plus, et commença à s’inquiéter sur son sort. Elle essaya de s’enfuir, mais Ignacio, plus rapide qu’elle, lui fit un croche-patte et elle tomba violemment par terre. Ignacio s’avança vers Chémélétra, un chombo à la main, prêt à la tuer.
Coco-Marie lui barra le passage.
« - Arrête, ne la tue pas, elle n’est plus possédée maintenant et on ne risque plus rien.
- Elle mérite de mourir, répondit Ignacio, c’est une djinn cruelle, il faut la tuer avant qu’elle retrouve ses pouvoirs.
- Non, répondit Coco Marie en faisant un clin d’œil à son petit-fils, laissons lui une chance. »
Coco Marie s’approch a de Chémélétra et l’aida à se relever.
« - Chémélétra, si on te laisse la vie sauve et si tu récupères tes pouvoirs, quitteras-tu Mayotte pour toujours ?
- Oui, répondit-elle, je disparaîtrai et vous laisserai en paix.
- Bien, si tu veux récupérer tes pouvoirs avant de partir, il faut que tu manges toutes les poules qui ont dévoré ta scolopendre. »
A ces mots, Chémélétra bouscula Coco Marie, et se précipita sur la poule explosée près du cocotier. Elle la dévora rapidement avec les plumes et les pattes, puis elle fonça sur le poulailler où un millier de poules dormaient.
Chémélétra engloutit les volatiles une à une. Le soir venu, il en restait une bonne dizaine, mais Chémélétra était à bout de force. Son teint virait au verdâtre, et son ventre faisait des bruits bizarres.
Coco Marie l’avertit : « Tu ferais mieux d’arrêter de manger comme une folle, tu risques d’éclater. »
Mais la djinn n’écoutait pas, elle attrapa une autre poule et la goba d’un trait. Les poules avalées toutes crues firent ce qu’elles font le mieux, elles picorèrent et picorèrent l’estomac de Chémélétra. Celle-ci gigotait dans tous les sens, mais tout en hurlant qu’elle se vengerait quand elle aurait retrouvée ses pouvoirs, elle se gava encore d’une poule. Ce fut la poule de trop !
Le ventre de la djin explosa en mille morceaux « BOUM » qui furent projetés au fond du lac Dziani.
De Chémélétra, il ne restait rien, et une pluie de plumes tomba sur la plage.
Ignacio et les autres femmes du village passèrent la nuit à célébrer la disparition de Chémélétra. Elles firent la fête et se racontèrent des histoires du temps où il y avait encore des hommes sur Mayotte.
Au petit matin, quand elles se réveillèrent sur la plage, elles virent que le lac bouillonnait. De grosses bulles de fumée venaient s’éclater à la surface.
Et un à un, traversant la brume, les hommes de Mayotte sortirent du lac et regagnèrent leurs foyers. On fit la fête pendant toute une année sur Hippocampe.
Mais en même temps que les hommes, des petites scolopendres étaient aussi sorties du lac. Et leurs morsures douloureuses rappellent à chacun qu’il faut toujours se méfier quand on fait la sieste sous un bananier.
C’est pour cela qu’il y a autant de scolopendres à Mayotte, et autant de poules !
FIN
... la toute petite île.
Ce sont les vacances à Mayotte, moins de monde sur les routes, moins de bouchons, mais un internet toujours aussi lent, quand
on arrive à se connecter. Exploit qui est de plus en plus difficile à réitérer.
Alors voilà, Mayotte tourne au ralenti. Il pleut chaque jour un petit peu, histoire de remonter les niveaux d'eau des retenues collinaires, les journaux n'ont pas grand chose d'intéressant à raconter. On se repose en avalant des vitamines pour palier à la chaleur, et l'on regarde par la fenêtre
les nuages qui s'annoncent, les camions de la PAF infatigables qui sillonnent l'île, le lagon qui rougit parfois de honte, souvent de satisfaction, les feux des brûlis, le vol des roussettes et des hérons blancs, les pirogues qui partent ou qui reviennent de la pêche, les gamins qui jouent avec leur "pistolet bambou", la marche des zébus, et le calme des baobabs.
Passés les premiers voiles, on s'enfonce dans la contemplation d'une île que l'on aimerait idéale. Une île magnifique, à
taille humaine, où le sourire est bien là, en brousse, à qui sait l'attraper, loin des rumeurs et des rancoeurs de la capitale Mamoudzou. Un petit bout de France qui resterait tranquille sous ses
cocotiers, loin de toute agitation. Une île simple, une utop'île sans doute.
Mayotte me fait penser à ce livre de Sir Terry Pratchett (l'un des plus grands auteurs
britanniques), "Nation". En le lisant, j'y ai retrouvé certaines similitudes, certains sentiments, certains souvenirs, certaines appréhensions.
Une histoire à une autre époque, dans un autre lieu, mais qui sait ce que réserve l'avenir ?
Et si Mayotte était une Nation ?
... C'est la pluie !
Depuis quelques jours déjà, c'est déluge sur déluge. La saison des pluies a enfin commencé ! Je dis "enfin", car l'île était réellement sèche, et l'on a frôlé les restrictions en eau.
Averses et tonnerre deviennent presque notre quotidien, et il faut composer avec pour ne pas être perpétuellement trempé jusqu'aux os.
Ces "déluges" restent très impressionnants par la violence des précipitations.
Les rivières se transforment rapidement en torrent de boue, charriant tout et n'importe quoi dans le lagon : pneus, bois,
sacs poubelles, canettes, carcasses de 2 roues, ...
Alors voilà, il pleut, et c'est tant mieux.
C'est vous qui le dites !