... un village en pleine mutation.
A l'heure de la départementalisation, Mayotte évolue vite, très vite. On ne compte plus les chantiers et autres constructions. L'île aux parfums vit au son des marteaux-piqueur, des perceuses, et des scies, et la seule odeur qui s'en dégage est celle du béton frais.
Mais derrière, tout derrière, on peut encore sentir celle de l'Ylang-ylang.
Tsararano, un village de la commune de Dembéni, en est la preuve actuelle. Il se modernise, offre des nouveaux services, et nous amène le progrès à portée de tongs.
Ainsi bientôt sortira de terre un marché couvert, qui remplacera celui du virage, coloré de
parasols.
Un beau marché tout neuf, juste en face de l'ancien et de la boulangerie Maya (et de ses délicieux chaussons à la mangue).
Sur la route qui serpente vers Dembéni, presque au même niveau que le nouveau marché, c'est une station
d'épuration qui commence à voir le jour, au milieu des zébus et des pique-boeufs.
La brousse perd du terrain, la brousse recule face, encore une fois, aux mauvaises odeurs.
Juste après le virage de Tsararano, sur la RN2 direction Ongoujou, un beau garage a récemment ouvert ses
portes,
et juste à côté, une pharmacie va très prochainement ouvrir les siennes à tous les "dauphins " du
lagon.
Enfin, c'est un lycée qui servira de relais entre Tsararano et Ongoujou. On ne voit qu'une petite partie du défrichement, mais la zone concernée est relativement vaste.
La vie va changer à Tasararano, "là où il n'y a pas d'eau ", la brousse n'a qu'à bien se terrer.
En bien ou en mal, la modernisation agit comme un rouleau compresseur. Mais tant que l'on sentira l'Ylang-ylang
et la terre rouge sur nos visages, on pourra encore respirer.
... à Mayotte.
Aujourd'hui, c'est jour férié. On fête l'abolition de l'esclavage à Mayotte.
Cathédrale Santa Monica, Zanzibar
Il aurait été aboli par les français en 1846. Mayotte servait surtout d'escale et de transit aux trafiquants d'esclaves.
L'esclavage dans l'océan indien est très ancien, bien avant le 18ième siècle.
A Zanzibar, d'où proviennent ces photos, le premier marché officiel aux esclaves a été créé en 1811, même si le trafic existait déjà depuis bien longtemps. 70 000 esclaves par an arrivaient à Zanzibar en 1860.
En 1871, le commerce d'esclaves est déclaré illégal. Avant d'être vendus, les esclaves étaient entassés par
centaines dans des caves comme celles-ci.
Santa Monica, Zanzibar
En 1873, le marché aux esclaves est fermé. A sa place, sera construite la cathédrale church of christ, de Santa
Monica.
Mais le trafic continue et les esclaves sont cachés dans des grottes.
En 1896, la vente d'esclaves est interdite ( 40 000 esclaves/an débarquent encore à Zanzibar), et en 1897, l'esclavage est aboli dans l'océan indien.
Aboli... On pourrait encore se poser la question à Mayotte, car l'esclavage revêt bien des formes et bien des
noms. Certains personnes doivent doucement rigoler aujourd'hui, et d'autres se demandent en quoi consiste cette fête.
Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to
pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.
In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow'd.
Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.
It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.
La traduction littéraire (il y en a plusieurs) en français
:
INVAINCU
Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.
Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.
En ce lieu d'opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu'horreur et ombres
Les années s'annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.
Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
le capitaine de mon âme.
Le film n'est pas encore sorti à Mayotte, mais on espère sincérement qu'il sera programmé prochainement.
Anecdote: si vous cherchez des photos de Henley sur le net,
vous trouverez que sur certaines d'entre-elles, il y a une vague ressemblance physique avec Victor Hugo, mais aussi avec Jules Verne (en plus de l'histoire du
pied).
C'est vous qui le dites !