L'heure et l'appel de Mayotte

à Mayotte, il est l'heure d'écouter le muezzin...  

Vie au quotidien


Vendredi 10 septembre 2010 5 10 /09 /Sep /2010 07:13

... de jour férié.

 

Hier n'était pas un jour comme les autres. Des signes avant-coureurs frétillaient depuis tôt le matin, allant même jusqu'à éclabousser le calme relatif des plus sereins. Une rumeur naissait aux premières lueurs de l'aube. Et l'on sait qu'une rumeur fait trois fois le tour de Mayotte avant que la vérité ait fini de lacer ses chaussures (Petit clin d'oeil au maître Terry Pratchett, grand mage devant l'éternel).

Des zébus se faisaient passer à la casserole, les poules étaient parquées dans des cages prêtes à être vendues aux premiers signes, les magasins regorgeaient d'oeufs qui ne feront jamais "Tchip-Tchip" (autre clin d'oeil à un dessinateur cette fois-ci), les gens paraissaient heureux et soulagés,  la file de voitures devant les stations essence s'allongeait inexorablement, les bouénies astiquaient leurs marmites, ça s'affairait de partout, même dans le plus petit banga du plus grand bidon-ville de France, Kawéni ...

Il y avait de l'effervescence dans les rues, comme lors d'une veille de noël.

Et en quel honneur ? En celui d'un astre qui tourne autour de notre bonne vieille Terre sans jamais s'arrêter boire un coup, d'un satellite qui rythme nos marées et notre vie, et qui, les nuits où il est plein (alors qu'il ne s'est jamais arrêté boire un coup) est sujet à nombre de controverses.

La rumeur disait que ce soir, on verrait la Lune. Ce qui signifierait la fin du Ramadan, l' Ide, la fête pour tous les musulmans. Mais c'était une rumeur, on ne savait pas, et les pronostics de voir ou non la lune allaient bon train. Certains pensaient que ça serait samedi, d'autres vendredi, d'autres encore dimanche. C'était la grande discussion du jour : "Alors Ide ou pas Ide demain?". Car qui dit Ide, dit fin du jeûne pour les musulmans et jour férié, jour de grasse matinée pour les autres, ce qui est relativement appréciable dans les deux cas.

La journée a passé, et chacun est rentré chez soi sans être plus avancé, sans savoir si oui ou non vendredi était le jour de l'Ide. Puis le soir est arrivé, on a regardé le ciel, mais on n'a pas vu la lune, alors on a branché nos cerveaux sur "Mode travail" au lieu de les basculer sur "Mode RTT" (Remets Tes Tongs, vieux jeu de mots que je réutilise avec plaisir).

On a mangé, on s'est couché vers 21 heures, histoire d'être en forme pour un réveil à 5H30.

L'histoire aurait pu s'arrêter là, tristement, s'il n'y avait pas eu ce texto qui m'a surpris en plein sommeil au beau milieu de ma nuit vers 22H50 : "Coucou, bonne nouvelle demain c'est férié, fais passer, bon week-end."

Apparemment la Lune se serait levée de l'autre côté de Mayotte. Le grand Cadi l'a vue. Aujourd'hui c'est donc férié, personne ne va travailler. La rumeur avait cette fois-ci, revêtu ses habits de vérité.

Bon week-end à tous et bon Ide à tous ceux qui le fêtent.

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Mercredi 25 août 2010 3 25 /08 /Août /2010 05:05

... ou d'Hajangua pour ceux qui habitent Hajangua !

 

  Petit coin de paradis presque perdu dans la brousse, la cascade d'Iloni est un joyau dont peu de personnes connaissent l'existence, à part peut-être les bouénis qui font la lessive, les promeneurs du dimanche, les cultivateurs, certains randonneurs, et une flopée de gamins des villages d'à côté.

Peu d'eau coule en ce moment, mais les vasques sont assez remplies pour y faire trempette,

baignade vasque cascade

 

ou pour réaliser quelques jetés de gamins,

saut hurlé

 

du haut de la cascade, un sport qui fait fureur à Mayotte, tant les enfants sont nombreux.

Bon sur la photo ci-dessous, on a un magnifique jeté périlleux arrière, et malheureusement aussi, un raté de Hibou qui s'est un peu éclaté sur les rochers en voulant réaliser une triple vrille décrochée. Nans dira plus tard qu'il avait glissé en le jetant. Faute partagée donc.

saut périlleux arrière

 

Quand on n'a plus de gamin sous la main, il faut aller les repêcher, ça permet de faire une pause, et de se rafraîchir un peu.

L'épreuve sera beaucoup plus difficile et technique en saison des pluies, car là il faudra composer avec le courant, les remous, et une visibilité très réduite.

baignade 2

 

Voici notre équipe au complet, il manque juste Sev qui prend la photo. On s'entraîne très dur pour les jeux de l'Océan indien qui se dérouleront en Grande-Comores. On peut même espérer un podium.

photo groupe

 

Jusqu'ici, aucune perte à déplorer.

Aucun enfant n'a été maltraité durant l'écriture de cet article.

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Samedi 12 juin 2010 6 12 /06 /Juin /2010 14:09

... aura t-elle lieu ?

 

C'est la question que l'on se pose, car pour l'instant, aucune affiche publicitaire ne semble vouloir en faire la promotion.

En attendant et dans le doute, nous avons monté une équipe de pro afin de participer à cette 27ième édition, même si ça en fait rire certains.

photo groupe 1

 

Nous avons mis toutes les chances de notre côté pour ... finir la course de 2kms 200.

 -  des pneus de brousse tout terrain,

 -  des bâtons haute-technologie en bois noir, spécialement taillés pour la vitesse,

 -  un lubrifiant révolutionnaire dont la formule secrète est précieusement gardée  par  nos entraîneurs,

-  des kapoks nouvelle génération assurant une meilleure glisse,

-  un mental et une détermination d'acier, ou presque,

-  et, le plus important, le meilleur coach de Mayotte, Hibou d'Iloni (en tee-shirt rayé et pneu de scooter), qui en connaît un rayon sur la course de pneu.

l'équipe et l'entraineur

 

Là déjà, on rigole moins. D'autant plus qu'Hibou n'est pas venu seul. Il a amené ses chouettes copains pour le seconder, ce qu'ils font à merveille car ils ne nous laissent pas une seule seconde de répit. On est affûté et on va tout déchirer !

photo groupe 2

 

Mais on s'entraîne encore et encore. Et ne croyez pas que cela soit facile ! La maîtrise du pneu est loin d'être évidente, et ça fait un sacré poids à porter à bouts de bras. En ligne droite, ça va, mais dès qu'il y a un virage, la brousse nous accueille à bras ouverts, et souvent nos pneus s'en réchappent et finissent seuls leur course.

Pour l'instant, aucune tôle froissée et aucun blessé n'est à signaler dans le voisinage, qui bizarrement ne sort plus quand crissent les premières gommes.

entrainement course 1

 

On espère pouvoir s'inscrire bientôt, et participer enfin à cette course mythique, qui  figure encore comme épreuve d'EPS au bac de Mayotte.

On cherche encore un nom pour l'équipe, donc si certains ont des idées, qu'ils n'hésitent pas. Nous étudierons toute proposition sérieuse.

Bon je vous laisse, il y en a un dehors qui veut me faire courir, et si je ne me dépêche pas, je vais avoir droit à dix tours supplémentaires.

Hibou hibou hibou ! Hou hou hou ! (Ça c'est notre cri de guerre !)

entrainement course 2

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Jeudi 27 mai 2010 4 27 /05 /Mai /2010 15:34

... en route pour le bouclier.

 

A Mayotte, il y a le foot. On en a déjà parlé, et en cette période de future coupe du monde, on n'a pas fini d'en parler.

Alors pour changer, on va évoquer un sport cher à mon coeur, qui séduit de plus en plus les jeunes comme les moins jeunes habitants de Mayotte ; le rugby !Rugby 1 

 

L'histoire du rugby à Mayotte ne date pas de hier. Les premiers joueurs étaient surtout des expatriés nostalgiques qui se retrouvaient entre eux pour échanger quelques passes. Ensuite, le début des années 90 a vu la naissance du comité territorial de rugby, situé à Mamoudzou.

Depuis, chaque saison, les différentes formations de l'île se disputent le célèbre bouclier de l'Hippocampe, qui n'est pas sans rappeler le non moins célèbre bouclier de Brennus.

Le titre de champion de Mayotte revient cette année au RCPT (Rugby Club de Petite Terre), qui affrontait en finale le RCM (Rugby Club de Mamoudzou), maintes fois champion de l'île.Rugby 2

  Et pour mieux parler de l'ovalie mahoraise, quoi de mieux que de la tester directement ?

Je me suis donc inscrit dans un club, pas trop loin d'Iloni, histoire de m'amuser et de me défouler un peu. Et bien, ma première impression a été celle d'un gamin devant une balle. Quel bonheur de retrouver les sensations d'un ballon quelqu'il soit, de pouvoir taper dedans, et l'attraper à pleines mains ! Bref, je me suis amusé, et je m'amuse encore comme un petit fou qui aurait retrouvé ses 10 ans. Si tu m'crois pas, t'ar ta gueule à la récré 

En parlant de ça, des coups, on en prend un peu quand-même (sinon tout le comique de la situation disparaît), surtout lorsque l'on court comme un chien fou derrière ce référentiel bondissant à trajectoire aléatoire, et que l'on ne prend pas le temps de vérifier si un affectueux camarade de jeu de cent et quelques kilos ne vous fonce pas dessus, toute puissance testostéronique déployée. Et encore, c'est juste à l'entraînement. J'attends de voir en match, si je tiens jusque là, et peut-être qu'alors je clamerai haut et fort : "si j'aurais su j'aurai pas venu ! "

Pour me préparer mentalement et physiquement, j'ai engagé sans qu'il le sache un coach personnel, à qui je téléphone souvent : mon neveu Iloé, futur célèbre demi de mêlée du Stade Toulousain qui, pour le coup, a récupéré les gènes de Papou, autre célèbre numéro neuf du RVC (Rugby Club de Vaure).

Ainsi, grâce à ses précieux conseils, j'ai appris à taper un drop et une pénalité, je sais faire une passe presque vrillée, et les dents qu'il me reste sont protégées grâce au protège-dents dédicacé qu'il m'a envoyé. Pour les cotes flottantes, dont une d'ailleurs a été touchée et coulée il y a quelques semaines, je pense acquérir bientôt un costume de sumo gonflable. Il sera, je pense, aussi efficace contre les plaquages intempestifs et autres bourre-pifs non intentionnels, bien-sûr.

Je ne suis pas douillet, mais quelques sages précautions valent mieux qu'une petite cuillère en guise de moyen de locomotion. Un plaquage en saison sèche sur un terrain de Mayotte équivaut à une belle gamelle en scooter sur le bitume, après on a les nerfs à vifs, et ce n'est pas rien de le dire.

Mais je me régale et compte bien prendre ma licence pour l'année prochaine. Au pire je garderai le banc de touche, et comme le dit Iloé, j'apporterai les citrons.

En écrivant ces quelques lignes, j'ai une pensée émue pour deux autres grands joueurs  après "Iloé l'anguille" et "Papou noun dé diou ", je veux bien-sûr parler de "Juju la castagne" (qui est aussi mon scuba diving instructor and mentor) qui laboure les terrains du côté de Latrape, et de "Eric la mandale" dit aussi "el Pestrum" (aussi grand judoka) qui sévissait il y a quelques années déjà sur d'obscurs stades parisiens, et qui profite actuellement d'une troisième mi-temps bien méritée dans son petit village de Villemeux.

A tous ces grands joueurs je dis : "Souvenez-vous de mon visage, car il n'est pas certain que vous le reconnaissiez lorsque nous nous retrouverons."

Le virus du rugby a planté ses banderilles dans ma tête, j'ai bien peur d'y laisser quelques oreilles, arcades, ou autres parties partiellement exposées.

Mais promis, je vous ramènerai le bouclier de Mayotte ou, à défaut, un banc de touche.

D'ici là, la vie est belle et c'est tant mieux ! (Jean-Jacques Vanier)



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